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Le blog politique de Thomas JOLY

Bienvenus à bord de la Migrant Airways (par Caroline Artus)

22 Octobre 2015, 07:50am

Publié par Thomas Joly

On se pince, tant le système mis en place est ubuesque. Selon le site streetpress, information reprise par Le Point, depuis six mois, à raison de trois vols par semaine, la police aux frontières déplace, en jet privé, des migrants depuis Calais vers des centres de rétention administrative (CRA) pouvant se situer aussi bien à Metz qu’à Perpignan, Toulouse, Hendaye ou encore Nîmes.

Pour quel motif ? Selon une source policière, il s’agirait de « répartir la pression migratoire sur tout le territoire ». Et non pour assurer leur retour à la frontière.

Sauf qu’à raison de cinq migrants maximum par vol, accompagnés chacun de deux policiers, dans un avion à hélice de 17 mètres – il s’agit d’un Beechcraft 1900 – ne pouvant contenir que 19 personnes, l’aventure risque d’être longue. Surtout, elle coûte incroyablement cher.

C’est en octobre 2014 que l’entreprise Twin Jet – information confirmée par son patron, Olivier Besnard – a répondu à l’appel d’offres du ministère de l’Intérieur pour des missions de « transports, de fret, de liaison », pour un contrat annuel s’élevant à 1,5 million d’euros, reconductible sur 4 ans. Achat du kérosène, salaire des policiers de la PAF exclus, bien sûr. Le coût de chaque voyage pourrait atteindre 23.000 euros, d’après un policier souhaitant garder l’anonymat. Ce n’est pas tout : grâce à un logiciel interne, la préfecture se transformerait même en prestataire de services en réservant des lits dans les CRA pour les migrants volants…

Mais que deviennent-ils donc, une fois arrivés dans un CRA ? Ils sont tous relâchés et… certains reviennent à Calais ! C’est le cas de Karim, transféré de Calais à Hendaye puis repris à Calais qui, dans la case « commentaire » de son procès-verbal, a écrit : « Je ne veux pas aller à Hendaye, j’y suis déjà allé ! » C’est le cas, aussi, de cinq Afghans, qui ont fait deux allers-retours Calais – Hendaye parce que dans « les obligations de sortie du territoire français, il n’y avait pas de pays de destination », explique l’avocat de deux d’entre eux.

Légaux, ces déplacements de clandestins organisés par l’État ? Peut-être pas, car le tribunal administratif de Melun a condamné la préfecture du Pas-de-Calais pour détournement de pouvoir après avoir fait transporter, en bus, cette fois, 205 migrants dans des CRA du nord de la France. Et à verser 1.000 euros à un jeune Afghan mécontent d’avoir été catapulté en Seine-et-Marne…

Frédéric Hochart, le porte-parole du syndicat UNSA pour la PAF de Calais, le confirme : « […] La plupart des personnes qu’on éloigne reviennent. Aujourd’hui, il y a un ras-le-bol généralisé des policiers de Calais quant aux missions qu’on leur assigne. Cette situation est pesante. Physiquement et moralement. » On les comprend : devenir escort-migrants, vous parlez d’un métier valorisant…

D’ailleurs, tout le monde est contre, incluses les associations qui dénoncent « une escalade insupportable » […] de ces transferts, qui non seulement ne sont pas près de s’arrêter, a prévenu un directeur de CRA. Elles dénoncent aussi l’absence de la moindre explication à leurs sujets. Le ministère de l’Intérieur, contacté à maintes reprises, ferait le mort, selon ces associations.

À quoi joue l’État ? À jeter l’argent du contribuable par les hublots ?

Source : http://www.bvoltaire.fr

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