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Le blog politique de Thomas JOLY

Au lycée Jean-Quarré, la « maison des réfugiés » a atteint ses limites (par Gabrielle Cluzel)

22 Septembre 2015, 05:10am

Publié par Thomas Joly

Qu’est devenu le lycée Jean-Quarré à Paris ? Occupé par 500 migrants depuis fin juillet, on l’a rebaptisé MDR, Maison des réfugiés.

Il y a quelques jours, deux reporters de Libération ont dressé un tableau sombre de ce qu’ils appellent « un refuge régi par la loi du plus fort ». Ils évoquent une « situation inquiétante, entre des conditions sanitaires déplorables, les rixes récurrentes et l’irruption de réseaux mafieux ». Un Soudanais témoigne : « Il y a trop de monde ici. On vient de différentes cultures, on ne se comprend pas toujours. Il y a des disputes à propos de la cuisine, certains prennent des couteaux. […] Ça manque de sécurité. »

Une bénévole se rend à l’évidence : « Vous avez des centaines de gars, pas de règlement intérieur, certains ont passé du temps en centre de rétention, d’autres sont alcooliques, ils n’ont bouffé qu’une fois dans la journée… Ce n’est pas possible qu’il n’y ait pas de violence. »

Les femmes, ultra-minoritaires, sont celles qui souffrent le plus : « Elles ont la trouille de sortir la nuit, elles se font insulter. » On parle d’un « réseau de prostitution ». Le collectif à l’origine de l’occupation est « dépassé » et, en interne, les dissensions font rage : certains déplorent l’instrumentalisation politique, d’autres accusent : « L’idée d’une occupation dans un tel état de désorganisation, c’était catastrophique », ou encore « Quand on embringue des gens dans une telle aventure, il faut savoir prendre ses responsabilités. »

Dans le sillage de Libération, Metronews est allé aussi enquêter. Un article intitulé « Migrants : le lycée parisien Jean-Quarré au bord de l’implosion » constate que le lieu « a atteint ses limites, tant en termes d’accueil que de gestion ».

Bon. Voilà. Le mot est lâché : « limites ». Même les meilleures volontés doivent le reconnaître, l’accueil ne peut être « illimité », « irresponsable » et « désorganisé ». Trop d’accueil tue l’accueil. Le nombre, le désordre, le refus de considérer les différences culturelles, sans parler de la récupération politique, font de la vie même de ceux que l’on prétendait aider un enfer.

Ce qui est vrai à l’échelon d’un lycée l’est aussi à celui d’un pays. Puisqu’on a pris le parti de ne pas « faire de tri » entre ceux qui sont en danger et ceux qui ne le sont pas, entre les motivations réelles des uns et les motivations supposées des autres, puisque seul compte le souhait subjectif de chacun de « changer de vie » en rejoignant l’Europe, qui peut évaluer aujourd’hui le nombre de migrants sur le point d’y entrer à court ou moyen terme ? Qui peut dire, aujourd’hui, quand le flot se tarira et s’il se tarira ? Des quotas, oui, mais sur quelle base ? Qui peut affirmer, les yeux dans les yeux, qu’il est humainement possible à un continent d’accueillir tout un autre continent ? Qui peut prétendre qu’actuellement, l’accueil en France n’est pas, comme au lycée Jean-Quarré, illimité, irresponsable et désorganisé, et que les même causes n’y produiront pas, un jour, les mêmes effets ?

À la situation intenable de Jean-Quarré, on trouvera peut-être bientôt une solution. Mais que les bénévoles sincères dont les utopies viennent de se fracasser contre la réalité de ce lycée gardent en mémoire leur témoignage dans la presse : « Quand on embringue les gens dans une telle aventure, il faut savoir prendre ses responsabilités. » Histoire de regarder l’avenir en face et avec honnêteté.

Source : http://www.bvoltaire.fr

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