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Le blog politique de Thomas JOLY

Quand l’université « pour tous » tente de se rebeller (par Gabrielle Cluzel)

1 Juillet 2015, 05:01am

Publié par Thomas Joly

Comme chaque année à la même époque, une université téméraire se croyant plus maligne que les autres vient de se faire flinguer à bout portant alors qu’elle s’apprêtait à franchir en douce le mur du nivellement par le bas.

Cette fois, c’est Rennes I que les Vopos d’une association étudiante ont prise pour cible : dans l’improbable famille « Pourtous », on connaît bien le mariage, l’enfant, la France, mais n’oublions pas, c’est de saison, l’université.

La faculté de droit vient, en effet, de mettre sur pied un « parcours d’excellence » dont elle entend réserver l’accès à quelques candidats ayant obtenu de bons résultats au bac et passé avec succès un examen créé à cet effet, afin d’en faire un cursus bien visible pour les employeurs.

Des employeurs ? Après l’université ? Et pourquoi pas aussi un boulot, tant qu’on y est ? L’université française – à l’exception de quelques filières sélectives, se maintenant avec une adresse de funambule, certains évitant soigneusement les mots qui fâchent pour parler « d’orientation active » – est complètement dépréciée. Elle est, le plus souvent, le pis-aller sur APB (admission post-bac), qu’il faut bien cocher parce qu’on y est obligé, parce que si ça se trouve, et on en sera désespéré, toutes les prépas nous auront blackboulés.

Elle est le choix par défaut qu’emprunte à reculons le troupeau. Tout le monde est d’accord, il faudrait la réhabiliter. Mais ce n’est pas en débloquant des fonds pour repeindre les murs qu’on y parviendra. Pas plus qu’un resto dont on aura ravalé la façade ne saura obtenir trois étoiles au Michelin si l’on recrute le chef en faisant « la plouf ».

Car on en est là. Dans les universités où il y a moins de places que de candidats, on… tire au sort. Ça-sera-toi-qui-iras-faire-du-droit. Des maths. Des sciences politiques. Parce que la sélection au coup de bol est quand même plus juste que la sélection au mérite, non ? L’an passé à la même époque, Gilles Roussel, président de Paris-Est Marne-la-Vallée et de la commission formation à la conférence des présidents d’université, se confiait ingénument à Libé : « Plutôt que de tirer au sort, ce serait probablement plus judicieux de demander des prérequis aux candidats afin de leur garantir des chances de réussite. Car avec le tirage aléatoire, un bachelier professionnel et un bachelier général se retrouvent avec les mêmes chances, par exemple, d’aller en droit. Est-ce bien raisonnable ? »

Est-ce bien raisonnable, en effet, de laisser des enfants s’engouffrer dans des filières pour lesquelles ils n’ont aucune disposition, et qui se révéleront des impasses ? De les laisser perdre leur temps et l’argent de leurs parents ? De continuer à décerner en grande pompe des mentions aux bac (et durant le cursus étudiant) si elle ne servent à rien, sinon à faire le mariole sur la plage pendant l’été ? De faire de certaines universités un mouroir intellectuel, délivrant des diplômes en chocolat, une école des fans devenue une école des ânes ?

Comme le dit Régis Debray, la fin des frontières – et la sélection universitaire en est une – « fait de nous des n’importe qui, autant dire personne ». Quand un étudiant rêve – il en a le droit – de devenir quelqu’un…

Source : http://www.bvoltaire.fr

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