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Le blog politique de Thomas JOLY

Qatar : ils nous exploitent, on leur lèche les babouches

28 Juin 2015, 09:11am

Publié par Thomas Joly

« Toute ma vie, j’ai rêvé
D’être une hôtesse de l’air.
Toute ma vie, j’ai rêvé
De voir le bas d’en haut.
Toute ma vie, j’ai rêvé
D’avoir des talons hauts.
Toute ma vie, j’ai rêvé
D’avoir, d’avoir
Les fesses en l’air… 
»

Ainsi chantait l’ami Jacques Dutronc dans les années 1970. Gilbert Bécaud l’avait précédé d’une décennie, s’en allant « passer l’dimanche à Orly ». C’était au temps des Caravelle, et toutes les jeunes filles ou presque, c’est vrai, rêvaient alors d’être hôtesse de l’air…

Depuis, les wagons à bestiaux sillonnent le ciel, et s’il n’était chez nous pourvoyeur de tant d’« avantages acquis », le métier de bonniche des airs ne séduirait plus grand monde. Mais voilà, le monde est atteint d’un mal qui partout le ronge : le chômage. Alors quand une compagnie aérienne ouvre ses portes, le monde s’y engouffre.

Ainsi les compagnies du Golfe, Emirates et Qatar Airways, recrutent-elles leur personnel à travers la planète, et singulièrement dans notre vieille Europe déglinguée (Grèce, Espagne, Portugal). L’Europe du droit du travail sclérosé, des grèves pour maintenir des avantages acquis qui ne se perdront jamais, des 32 heures de madame Taubira, des équipages doublés et des miles à gogo pour toute la famille élargie. Alors, on y court, forcément. Un joli minois, un joli costume, des talons aiguille et l’English spoken fluently, l’affaire est dans le cockpit. C’est après que ça se gâte…

Il est vrai que pour les élu(e)s, hôtesses et stewards, le salaire est attractif : entre 1.700 et 2.000 euros en début de carrière, logé et souvent nourri. Mais il y a des contreparties, forcément. On passe sur le voile-foulard obligatoire. Moins sur les conditions de vie quasi carcérales qui ne sont pas sans rappeler celles de nos pensionnats religieux voilà un siècle : pas de mixité, interdiction de recevoir quelqu’un entre 22 heures et 7 heures du matin, couvre-feu imposé aux femmes, obligation de demander l’autorisation de la compagnie avant de se marier, licenciement quasi systématique en cas de grossesse, interdiction absolue de fumer y compris sur son temps de loisir, interdiction d’avoir un portable sur soi quand on est en uniforme, etc. Et tous les personnels le disent : « Il y a une forte culture de la délation qui s’applique à tous les niveaux de la hiérarchie. Tout le monde flique tout le monde. » Punitions à la clé : un steward confiait ainsi à la presse que pour une histoire de retard à cause d’un problème de transport, il avait écopé d’une « interdiction de sortir du territoire pendant six mois, à part pour le travail, bien sûr. Impossible de retourner voir [s]a famille en Europe. » On peut évidemment être viré du jour au lendemain, sans aucun moyen de se défendre et sans indemnités.

Si la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) dénonce ces méthodes, le patron de Qatar Airways s’en fout comme de son premier keffieh. « Si vous n’aviez pas les syndicats, vous n’auriez pas de tels problèmes de chômage en Occident. Les syndicats rendent les compagnies sous-compétitives et ne font que freiner leur productivité », a-t-il déclaré dans une interview au site Arabian Business.

C’est sans doute pour ces fortes paroles que notre très socialiste Président l’a décoré en catimini le 5 juin dernier. La cérémonie n’était pas inscrite à l’agenda présidentiel – par souci de discrétion ? – mais François Hollande soi-même a fait M. Al Baker, coiffure à la Hercule Poirot et profil de biscotte, officier de la Légion d’honneur. Si ce n’est pas pour les droits de l’homme, ce n’est sûrement pas non plus pour ceux de la femme… mais pour lui vendre des Rafale, à ce qu’il paraît.

En français vernaculaire, on appelle cela une « putasserie ».

Source : http://www.bvoltaire.fr

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