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Le blog politique de Thomas JOLY

Marmiton.org souhaite « un bon ramadan à tous ! » (par Gabrielle Cluzel)

23 Juin 2015, 05:02am

Publié par Thomas Joly

Marmiton.org, le célèbre site de cuisine, a posté jeudi dernier sur sa page Facebook et son compte Twitter la phrase suivante : « Aujourd’hui est le premier jour du ramadan. Voici notre sélection de recettes pour l’occasion. Bon ramadan à tous. »

Remous chez les internautes. Le Figaro décrit : « Certains d’entre eux reprochent au site la formule “Bon ramadan à tous”, tenant à expliquer qu’eux-mêmes n’étaient pas musulmans et donc pas concernés. “On s’en fout du ramadan, on devrait même pas en parler, on est en France”, lâche un internaute. Un autre parle tout simplement de “trahison” de la “tradition culinaire française”. Plusieurs d’entre eux ont également reproché au site de faire du “deux poids, deux mesures”. »

Émotion dans la presse : Le Figaro évoque « un site noyé sous les commentaires à caractère islamophobe », le blog de Jean-Marc Morandini « un site submergé de messages racistes ». Rue 89, « une avalanche de commentaires nauséabonds ».

On s’indigne qu’une phrase innocente puisse déclencher un tel tintouin. Faut-il que les gens soient fous, hein ? « Bon ramadan à tous », il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Y aurait-il une telle levée de boucliers si marmiton.org avait souhaité « Joyeuses Pâques orthodoxes à tous » ? Non, bien sûr, pas plus que les parents corses n’auraient protesté si on avait appris à leur mouflet à chanter « Imagine » en danois pour la fête de l’école. C’est bien la preuve que ces gens-là ne sont rien que des islamophobes.

Et le gouffre se creuse, la brèche s’élargit comme inexorablement entre ceux qui crient, là où ils le peuvent, comme ils le peuvent, c’est-à-dire sur la Toile, avec une véhémence maladroite facile à prendre en défaut – tout le monde n’est pas Michel Onfray -, et ceux qui font mine de ne pas saisir. Ne pas saisir que chacun de ces incidents est en soi aussi dérisoire qu’une goutte d’eau et la réaction qu’elle induit aussi disproportionnée qu’un vase qui déborde.

Sorties du contexte, prises indépendamment les unes des autres, ces petites incursions à l’école, dans la cuisine, ne montrent en effet rien, sinon un inexplicable rejet épidermique par une population autochtone peu amène. Additionnées les unes aux autres, elles montrent ce qu’elles sont : autant de coups de butoir répétés, réguliers, de plus en plus rapprochés, de plus en plus pressants, contre la porte de ce qui constitue l’identité de la France.

On peut continuer de faire de gros yeux de maîtresse d’école. Toiser de haut ces rustres butés qui expriment leur angoisse sur la Toile, et qui l’expriment avec d’autant plus de confusion qu’une casuistique politiquement correcte compliquée leur a ôté les outils pour la dire – voire pour la penser -, chaque mot, comme au jeu de ni oui-ni non, pouvant être une grenade dégoupillée…

… ou se souvenir de ce postulat de base, enseigné aux étudiants en psycho : on ne guérit pas une inquiétude en la faisant taire, en engueulant l’angoissé – il n’a pas honte, non ? -, ni en lui intimant l’ordre de la mettre en sourdine. Il n’y a qu’une façon de la résoudre, c’est l’écouter.

Source : http://www.bvoltaire.fr

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