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Le blog politique de Thomas JOLY

Bac philo : pourra-t-on toujours penser en France ? (par Pierre Van Ommeslaeghe)

17 Juin 2015, 05:03am

Publié par Thomas Joly

L’enseignement de la philosophie dans le secondaire est une spécificité française. Cela fait pester les élèves mais les rendra tout aussi fiers que leurs parents dans quelques années, quand ils suivront le marronnier du baccalauréat aux informations : la France, pays des arts et de la pensée, où on estime important que tout le monde ait une culture philosophique qui permette de penser sans doute mieux qu’ailleurs, veut-on croire. Pourtant, ce marronnier pourrait cacher le désert de la pensée qui semble se profiler pour l’avenir.

Bien entendu, il y a toujours eu des élèves croyant que, pour penser, il suffit d’énoncer son opinion sans se fatiguer à chercher à la justifier. Tendance sans doute accentuée depuis la loi Jospin mettant l’élève au centre du système éducatif. Si je suis le centre du monde, pourquoi m’abaisser à étayer mes idées ? Bien entendu, depuis longtemps, il était difficile de faire disserter les élèves de certaines séries techniques. Leur intelligence est plus pratique qu’abstraite et beaucoup ne sont pas familiers avec l’écrit. Mais dans l’ensemble, le discours des élèves était compréhensible s’il n’était pas toujours très pertinent.

Aujourd’hui, ce que constatent les professeurs de philosophie, c’est l’incapacité d’élèves de plus en plus nombreux à écrire un français compréhensible. Même dans des lycées généraux de centre-ville (ce qui est le cas de mon établissement), on constate qu’une proportion importante d’élèves, en séries générales, écrivent dans un charabia qui n’a pas de sens. Il ne s’agit pas seulement de fautes de raisonnement ou de tournures maladroites mais dont on peut comprendre le sens, mais d’enchaînements de mots qui ne veulent rien dire. Souvent dans des phrases sans verbe. Cela devient tellement problématique que, dans certaines académies, les inspecteurs de philosophie, dans leurs recommandations aux correcteurs, recommandent de ne pas enlever plus de quatre points à une copie pour l’orthographe et la syntaxe, même si celles-ci « altèrent gravement » l’intelligibilité du propos. À l’évidence, si la philosophie est un exercice de pensée, on se demande en quoi une telle copie en relèverait encore. Sans doute ne resterait-il pas beaucoup plus que quatre points à enlever à ce travail.

Au-delà de la farce que représentera l’obtention du baccalauréat par beaucoup de ces candidats incapables de s’exprimer dans un français correct, cet état de fait est très inquiétant pour l’avenir de la pensée en France. Car il n’y a pas de pensée sans langage, quel qu’il soit, avec ses structures, ses règles, les nuances de son vocabulaire. Il est à craindre qu’à l’avenir, il ne soit plus possible de penser en France, plus possible de débattre entre nous parce que les Français seraient de moins en moins maîtres de leur langue pourtant natale. Cela est manifeste pour l’écrit, mais l’oral est aussi touché. Et ce ne sont pas les réformes du lycée de 2010 ou du collège aujourd’hui qui peuvent corriger cela, bien au contraire.

Source : http://www.bvoltaire.fr

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