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Le blog politique de Thomas JOLY

Non, la blouse d’écolier n’est pas un pyjama rayé ! (par Marie Delarue)

8 Mai 2015, 10:00am

Publié par Thomas Joly

On dit que l’habit ne fait pas le moine, ou plutôt on le disait autrefois. A contrario, les gamins qui, dans leur grande majorité, ne comprennent plus aujourd’hui ce que cette maxime peut bien signifier, pensent au contraire que l’on est justement ce que l’on porte : un jean trop bas qui vous laisse les fesses à l’air, un short trop court pareillement, un string encore plus, une burqa, une kippa… En somme, rien que des « marques » et des marqueurs communautaires et sociaux.

Cela démarre en maternelle, à la crèche, même : chacun son « look ». Ça se poursuit à l’école, ça explose au collège où les « it bags » et les outils numériques viennent, en plus, compléter la panoplie de la « fashion victim ». Et gare à celui qui n’a pas le dernier smartphone à la mode.

Alors, forcément, revient de façon récurrente la question de la blouse, voire de l’uniforme à l’école, seul espoir d’en finir avec les batailles d’ego.

Dernier coupable en date : Vincent Paul-Petit, maire UMP de Seine-Port, charmante bourgade de Seine-et-Marne, qui rêve de rhabiller de blouses colorées ses petits écoliers. Il confie au Parisien s’émouvoir « de la crise très grave que vit l’école avec 25 % d’une classe d’âge qui ne maîtrise pas les savoirs de base et d’une crise majeure de la transmission de la culture française ». Il dit aussi constater « une montée du manque de respect des élèves envers les enseignants, une crise de l’autorité ». Et, du coup, il pense que mettre un peu d’uniformité dans la tenue, extérieurement du moins, permettrait de se concentrer sur l’essentiel : « J’y vois un symbole pour aider à reconstruire la relation d’autorité naturelle en classe entre l’instituteur et l’élève. Pour l’enfant, elle signifierait “à l’école, je ne suis pas le maître”. »

Autorité naturelle, enfant qui ne serait pas le maître… Comme il y va ! Ça fout la trouille, des mots pareils ! D’ailleurs, le sujet tourne en boucle depuis 24 heures sur les radios. Une auditrice appelle ainsi RTL dès l’aube pour faire part de son indignation. Ayant passé quelque temps en Guyane, elle a dû inscrire son enfant chéri dans un établissement où l’uniforme était obligatoire. À chacun sa couleur. Commentaire de la dame : « C’est une discrimination dont on voit bien où elle peut conduire. » Pardi ! Cette mère indignée n’a toutefois pas dit quelle était la tenue de rigueur, mais il est clair que, pour elle, tout uniforme est un aller simple pour la chambre à gaz.

La Guyane est, certes, un département français, mais on y applique ce qui se fait dans la grande majorité des pays sur tous les continents, Europe comprise. Partout, de Singapour à Kinshasa en passant par Dublin, Lomé, Jaipur ou Hambourg, les enfants portent l’uniforme. Et s’en trouvent plutôt fiers et plutôt bien. Les parents d’élèves de Seine-Port ont, eux, jusqu’au mois de juin pour y réfléchir : ils voteront alors à bulletin secret pour ou contre la blouse à l’école.

La question de l’uniforme fait partie des marronniers de rentrée. Le 31 août dernier, Le Parisien publiait déjà un échange entre Michel Fize, sociologue bien ancré à gauche, et Bernard Lociciro, proviseur de l’internat d’excellence de Sourdun (77). Farouchement opposé à ce symbole de la bourgeoisie décadente, le premier déclarait que l’uniforme « ne va pas gommer les différences sociales, les écarts de performances scolaires, il va les endormir. Le fils de bourgeois, avec ou sans tenue, il sera plus tard en fac de médecine, ce qui sera plus difficile pour le fils d’ouvrier. » Il est donc préférable que le prolo s’habitue tout de suite à montrer ses fringues achetées chez Lidl quand l’autre va chez Abercrombie. Ça, c’est le socialisme bien pensé, coco !

Terriblement rétrograde, le partisan de l’excellence lui répondait : « L’uniforme, c’est un outil pédagogique. Et le fait d’endormir les inégalités, comme vous dites, c’est un facteur de paix dans la classe. À Sourdun, on n’a pas la prétention de dire que l’uniforme va gommer ces inégalités mais chacun doit pouvoir s’exprimer par rapport à ce qu’il est et non pas par rapport à ce qu’il paraît. »

Bref, si l’habit ne fait pas le moine, la blouse fait peut-être l’écolier.

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