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Le blog politique de Thomas JOLY

Hollande, ou le vertige de la repentance (par Marie Delarue)

13 Mai 2015, 05:34am

Publié par Thomas Joly

Ah, qu’il est bon de se faire acclamer aux antipodes quand on n’est pas aimé chez soi ! Et qu’il est doux à notre Président d’aller quérir chez les déshérités le pardon des offenses ! Et que je t’inaugure le Mémorial ACTe pour « porter l’apaisement et le pardon » – valeur 83 millions d’euros – là où l’on n’a pas été foutu d’installer l’eau courante ; et que je jette des promesses à tout va pour voir renaître des sourires d’émail blanc sur les faces sombres.

Hollande et la repentance… pente vertigineuse s’il en est. Emporté par son discours inaugural devant le mémorial de l’esclavage, le Président s’est laissé aller pour nous : « Quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai à mon tour la dette que nous avons. » Et de rappeler que « la monarchie de Charles X […] réclama à la jeune République d’Haïti une indemnisation d’État de 150 millions de francs-or afin d’indemniser les colons qui le réclameraient. » Il oublie de dire que l’affaire avait surtout profité aux banques américaines et qu’elle servit de prétexte à l’occupation de 1915 à 1934. Mais les Américains n’ont pas le même goût que nous pour la repentance.

Rembourser, donc ? C’est dit, c’est entendu, c’est enregistré. Applaudissements de la foule et mine réjouie du Président qui salue à tout va comme un cabot sur une scène de kermesse. C’est donc « acté », pensent les Haïtiens. Sauf que l’entourage du Président s’avise qu’il a sorti une énorme ânerie, et c’est parti pour le rétropédalage. À peine le discours fini, Hollande l’assure : rembourser les 17 milliards d’euros qu’ils réclament, « ça, c’est impossible ». Et d’ajouter : « Les Haïtiens ne veulent pas la charité. Ils ne veulent pas de cette forme d’assistance, ils veulent des moyens de réussir. »

Rembourser, c’est nouer des « partenariats », renforcer des « échanges commerciaux et éducatifs ». Echange, en bon français, ça veut dire donnant-donnant : et ils nous donnent quoi, les Haïtiens ? Leur misère ? Ah oui, j’oubliais : des bananes bio. Après que la France a laissé polluer les bananeraies des Antilles par des tonnes de pesticides (interdits ailleurs depuis bientôt vingt ans !), et devant l’impossibilité de dépolluer ses îles, elle va acheter des bananes aux Haïtiens. Et peut-être aussi leur faire un prêt pour acheter des Rafale, qui sait ?

François Hollande dit qu’on ne l’a pas compris. Au contraire, on ne l’a que trop bien compris. Ainsi l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot, qui écrit dans Le Point : « La France nous a fait violence. Il lui faudra, déjà sur le passé colonial, reconnaître pour crime ce qui ne fut qu’un crime. Ne plus adopter l’oubli comme stratégie d’autodéfense. Ne plus chercher de justification à la barbarie coloniale. La reconnaître comme telle. »

Jacques Chirac, très porté lui aussi sur la repentance et qui a fait du 10 mai la journée officielle de la commémoration de la traite et de l’esclavage, avait pourtant, en 2003, répondu au président Aristide : « Avant d’évoquer des contentieux de cette nature, je ne saurais trop conseiller aux autorités haïtiennes d’être très vigilantes sur, je dirais, la nature criminelle et antidémocratique de leurs actions et de leur régime. » Car celui d’Aristide, comme pratiquement tous ceux qui l’avaient précédé depuis l’indépendance de l’île, était des plus corrompus qui soient.

Et nous en savons quelque chose, nous, Français, qui avons hébergé sur notre sol Jean-Claude Duvalier, alias Bébé Doc, fils de Papa Doc, devenu lui aussi « président à vie » à l’âge de 19 ans, expert en assassinats et tortures en tout genre, trafiquant de corps (il vendait des cadavres à des écoles de médecine étrangères), d’organes et de drogue. Bien que son épouse Véronique Roy et lui-même n’aient jamais obtenu officiellement l’asile politique, nous les avons néanmoins couvés du 7 février 1986 au 16 janvier 2011. Sous la présidence de MM. François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.

Monsieur Hollande, qui connaît désormais tous les secrets de l’État, peut-il nous dire pourquoi ?

Source : www.bvoltaire.fr

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