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Le blog politique de Thomas JOLY

Et si l’on devait, un jour, négocier avec l’État islamique ? (par Nicolas Gauthier)

21 Mai 2015, 05:07am

Publié par Thomas Joly

Bien sûr, il y a l’immédiateté médiatique. Et l’émotivité allant avec. Les soldats de l’État islamique sont des sauvages. Qui pillent, tuent et n’entretiennent qu’un rapport modérément affectueux avec les vestiges architecturaux d’un glorieux passé. Bref, ce sont des révolutionnaires.

Pas les premiers du genre, les nôtres ayant tracé le chemin dès 1789, faisant la guerre au peuple, décapitant les statues de nos saints aux frontons de nos églises, pour finir en « live » avec notre roi et notre reine. Ça a donné notre république, avec laquelle Rome et le reste de l’Europe dut bien composer un jour. Pareillement, et ce quelques décennies plus tard, cette même république n’eut d’autre choix que de reconnaître d’autres républiques, tout aussi « populaires » que l’URSS de Staline ou la Chine de Mao Tse-toung. Eux aussi étaient des barbares, comme les furieux de l’État islamique ; des barbares, dirions-nous. Mais le « barbare », n’est-ce point toujours l’autre ?

D’un point de vue militaire, il est délicat de résumer la situation. Un jour, les troupes de l’État islamique avancent, tandis que l’autre, elles reculent.

Qui sont leurs ennemis ou leurs alliés du moment ? C’est tout aussi tangent. Les Saoudiens, au même titre que les Émiratis, les combattent de manière souvent aléatoire. Les Israéliens font semblant de ne rien voir, sachant que le chaos arabo-musulman ne peut que leur profiter à court terme, tout au moins. Les Américains se contentent d’armer les opposants à ce même État islamique, sachant que les armes en question risquent bien d’être tôt récupérées par ceux contre lesquels elles étaient destinées, comme cela vient de se voir en Irak. Les Iraniens et les Syriens – canal officiel et troupes loyalistes – leur font une guerre sans merci, puisque menée au sol ; avec des bonheurs divers.

Et nous ? Hypocrisie à tous les étages… Pour écraser la troupe de l’État islamique, il faudrait aller au contact. Les instances européennes, plus occupées à réglementer le calibre des courgettes espagnoles et le statut des plombiers polonais, ont évidemment mieux à faire. L’OTAN ? Cette organisation est plus préoccupée par l’Ukraine, sachant que la Maison-Blanche se moque désormais comme d’une guigne de ce qui peut se passer en Orient – effet inattendu de ces gigantesques réserves de gaz de schiste -, ils ne sont plus dépendants, énergétiquement s’entend, de Riyad.

À long terme, les effets peuvent être dévastateurs. Mais pas fatalement. Il est aisé de dire que les théoriciens de l’État islamique sont des « fous ». Mais le sont-ils plus que ceux, les nôtres, ayant naguère rêvé de faire table rase du passé tout en caressant l’ambition d’un « homme nouveau » les ayant précédés ? La preuve par nos récentes réformes sociétales… 

Ils veulent rétablir un califat un brin « fantasmé » ? Le boulot est déjà en partie pris par un Erdoğan en Turquie, tout comme un Poutine, pourtant formé par le KGB soviétique n’a de cesse de se poser, non sans succès, en nouveau tsar. Devant l’ampleur des bouleversements à venir, que fait l’Occident ? Rien. D’ailleurs, que faire ? comme écrivait Lénine.

Il est un fait que les frontières régionales, issues des accords franco-anglais signés par l’infernal binôme Sykes-Picot, ne sont que traits de craie tracés dans le désert. Il y a bien longtemps que le sable a tout recouvert. Et que l’Histoire, avec un grand « H », a repris ses droits. Éternelle revanche du temps long sur le temps court… Il est à craindre que nous devions tôt évoquer à nouveau le sujet. Mais de manière sérieuse, ce qui devrait agréablement nous changer de la doxa des médias dominants.

Source : http://www.bvoltaire.fr

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