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Le blog politique de Thomas JOLY

Disparus du Népal : ils voulaient « l’aventure extrême », mais pas les risques ! (par Marie Delarue)

12 Mai 2015, 05:04am

Publié par Thomas Joly

Le 27 avril, un séisme terrible secouait le Népal. Trois semaines après, le bilan s’établit à plus de 7.500 morts recensés, sans doute en réalité plus de 8.000. Huit millions de personnes sont touchées, parmi elles 1,4 million n’ont plus ni abri, ni eau, ni nourriture.

Au moment du séisme, 800 personnes se trouvaient dans le massif de l’Everest. Cinquante personnes au seul camp de base, à 5.500 mètres d’altitude, emportées par une monstrueuse avalanche. D’autres plus haut encore, prises au piège de leur ascension du « toit du monde ». Ce sont près de 700 Français qui passaient alors leurs vacances dans l’Himalaya. Des gens « à la recherche d’aventure », comme disent les agences de voyages qui organisent ces treks au bout du monde. Et même « d’aventure extrême ». Et le propre de l’aventure, c’est qu’elle peut être aventureuse, mais cela, tout le monde veut l’ignorer.

Par miracle, sur ces 700 touristes français, on ne dénombre que 4 morts et 9 disparus. Ceux-là randonnaient dans le parc national de Langtang, proche de l’épicentre. Le village où ils faisaient halte a été rasé par un immense éboulement. Il n’en reste rien. Par endroits, les habitations sont enfouies sous des dizaines de mètres de gravats et de roche.

Ce sont des équipes de sauveteurs espagnols qui étaient chargées des recherches dans ce secteur. Les familles françaises des disparus disent qu’elles n’ont pas fait leur travail avec assez d’insistance, qu’on n’a pas creusé assez profondément pour retrouver leurs proches. Surtout, elles dénoncent « l’immobilisme des autorités ». « Au moins, qu’on essaye, que la France essaye de les retrouver », dit le frère d’un disparu. La région n’est accessible qu’en hélicoptère, à 50.000 euros la rotation, avec les risques qu’on peut imaginer. Alors, déplacer la montagne à la pelleteuse…

Les Népalais, eux, qui n’ont ni assurance ni Sécu et encore moins d’État nounou, acceptent la fatalité. Ils connaissent la montagne, ils respectent la nature dont ils connaissent la toute-puissance. Ils brûlent leurs morts quand ils les retrouvent, et puis ils prient et la vie reprend. Les touristes, parce qu’ils ont payé (cher) leur voyage, veulent le frisson sans risque. Pouvoir dire qu’ils ont affronté les dangers de la montagne tout en étant sûrs qu’ils ne craignent rien. Il a régné, dit-on, une indescriptible pagaille sur le petit aéroport de Katmandou car il fallait gérer les avions qui apportaient équipes et matériel de secours, bien sûr, mais aussi ceux, prioritaires, qui repartaient avec les blessés rapatriés par leur assurance vers les hôpitaux occidentaux. Business et peur des procès sont les deux mamelles de l’urgence.

Ira-t-on jusqu’à dire que le tourisme de masse est une plaie ? C’est aussi ce qui fait vivre une grande partie du monde. Mais à quel prix ? Le « plus haut sommet de la terre » est devenu une décharge à ciel ouvert. Les pentes de l’Everest sont jonchées de déchets laissés par les expéditions qui s’y succèdent depuis des décennies, de plus en plus nombreuses : bouteilles d’oxygène, tentes, détritus divers… et même les corps des alpinistes qui ont, pour des raisons diverses, laissé leur vie dans l’ascension. Des corps qui ne se décomposent pas à cause du froid extrême.

En mars dernier, le ministre du Tourisme népalais annonçait : « Afin de nettoyer le mont Everest, le gouvernement a décidé que chaque membre d’une expédition doit ramener au moins huit kilos de déchets, en plus de ses propres déchets. » La mesure, devenue effective en avril, contraint les expéditions à déposer une caution de 4.000 dollars qui leur est « rendue une fois qu’elles ont prouvé, à leur retour, qu’elles ont rapporté matériel et détritus ». Qui s’entasseront dans les vallées…

Source : www.bvoltaire.fr

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