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Le blog politique de Thomas JOLY

Carl Lang : « Marine Le Pen a commis une infâmie »

28 Mai 2015, 05:42am

Publié par Thomas Joly

Ancien membre historique du Front national (1978-2008) et aujourd’hui président du Parti de la France, Carl Lang analyse la situation de son ex-formation politique, secouée par les tensions entre Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine. Et l’ancien secrétaire général du FN n’est pas particulièrement tendre avec sa présidente…

La Gazette : Aviez-vous vu venir le clash entre Marine Le Pen et son père, Jean-Marie Le Pen, après les dernières déclarations de celui-ci dans le journal Rivarol, à propos notamment de Pétain ?

Carl Lang : Le climat était déjà un peu agité. Ce qui s’est produit ne m’étonne donc pas vraiment. D’abord, une partie de l’entourage de Marine Le Pen est composée d’anciens membres du Mouvement national républicain (MNR) de Bruno Mégret, tels Nicolas Bay ou Steeve Briois. Lesquels voulaient depuis un certain temps déjà se débarrasser de Jean-Marie Le Pen. Je rappelle que Bruno Mégret avait entraîné des cadres du Front national dans l’épisode de dissidence de 1998.

Dans cette garde rapprochée figure aussi Florian Philippot…

J’allais y venir. M. Philippot vient de la gauche souverainiste. Quand il parle, j’ai l’impression d’entendre Jean-Pierre Chevènement. Comme Nicolas Bay, Steeve Briois et quelques autres, il ne souhaitait rien d’autre que de se débarrasser de Jean-Marie Le Pen. Et c’est l’autre aspect qui me fait dire que cet affrontement entre Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine ne me surprend guère depuis que cette dernière mène un processus de normalisation. Elle veut être accueillie par les médias parisiens, et elle n’a qu’une obsession, faire du chiffre.

A-t-elle tué le père ?

Elle a su saisir l’occasion d’euthanasier électoralement et politiquement son père. Et cela me choque beaucoup. Car elle lui doit tout. C’est non seulement sa fille, mais si elle est présidente du Front national, elle le doit à son père. On ne se comporte pas comme cela avec son père. Jean-Marie Le Pen a imposé sa fille dans un parti où tout le monde ne voulait pas forcément d’elle. Il l’a protégée, n’hésitant pas à se séparer de cadres du Front national comme Marie-France Stirbois, Jean-Claude Martinez, Jacques Bompard ou moi-même. Et lors de l’élection à la présidence du FN en 2011, il a soutenu sa fille face à son vieux camarade de route, Bruno Gollnisch. L’acte de Marine Le Pen vis-à-vis de son père, je le considère comme une infamie.

Existe-t-il une réelle divergence idéologique entre Jean-Marie Le Pen et sa fille ?

Il y a une vraie différence entre eux : Marine Le Pen ne s’intéresse pas beaucoup aux idées politiques. Elle s’est inscrite dans une démarche purement électoraliste et populiste. Je le répète, mais son seul objectif est de faire du chiffre. Elle se contente de surfer sur les mécontentements. Alors que Jean-Marie Le Pen est un homme de droite nationale. Il a de profondes convictions, même si provocations médiatiques régulières ont certainement gâché ses chances d’accéder au pouvoir.

Car il le souhaitait vraiment ?

L’idée selon laquelle Jean-Marie Le Pen ne voulait pas du pouvoir et se complaisait dans un rôle d’opposant et d’agitateur est à mon avis fausse. Dans les années 80 et 90, je peux vous assurer que nous étions dans une logique de conquête du pouvoir. Jean-Marie Le Pen espérait vraiment parvenir au sommet de l’État. Puis, après la scission de 1998 avec Bruno Mégret, et plus encore après le second tour de l’élection présidentielle de 2002, il a compris qu’il n’était plus en situation d’y parvenir. Il en a donc pris acte. Ensuite, il a tout fait pour que sa fille dirige le Front national.

Revenons à Marine Le Pen. Vous estimez qu’elle n’a pas vraiment de ligne politique…

Son slogan, c’est « ni droite, ni gauche ». Cela fait longtemps que je suis convaincu qu’elle n’a pas de conscience politique. Et que si elle n’avait pas été la fille de Jean-Marie Le Pen, elle n’aurait jamais fait de politique. Elle se contente d’enfourcher les causes qui lui permettent de se faire voir et de se faire entendre.

Un rapprochement entre le père et la fille vous semble-t-il envisageable ? Jean-Marie Le Pen souhaite avoir une discussion avec sa fille…

Tout est possible. Il y a actuellement un front familial au sein du Front national. Mais je crois savoir qu’il y est très isolé. Ceux qui étaient des soutiens plus ou moins affichés de Jean-Marie Le Pen ont préféré se ranger derrière Marine. Parce que c’est elle qui a la main sur le parti, et chacun a très bien compris que c’est elle qui donne les investitures pour les élections. Chacun pense d’abord à son propre intérêt. Le discours de Jean-Marie Le Pen n’est quasiment plus défendu au sein du FN. Et cela est vraiment dommage. Car ses idées vont dans le sens de l’intérêt de la France.

Jean-Marie Le Pen a-t-il encore du pouvoir au sein du sein du Front national ?

Non, il n’a quasiment plus de pouvoir. Pour les raisons que je viens de vous expliquer.

Avez-vous des contacts avec lui ?

Non, pas depuis 2009. La rupture personnelle est consommée. Politiquement, c’est autre chose. Il reste député européen pour les quatre prochaines années. Je ne pense pas qu’il va créer un nouveau parti politique. Mais plutôt une sorte d’association des amis de Jean-Marie Le Pen, où il serait par exemple possible d’organiser les conditions d’une reconquête de la droite nationale. J’ai créé le Parti de la France à cet effet. Pourquoi ne pas imaginer de travailler sur ce thème de la droite nationale en se concertant ? J’estime que le Front national d’aujourd’hui n’incarne plus les valeurs de la droite nationale. Et que l’association entre Marine Le Pen et Florian Philippot est une vraie imposture politique. Le FN est juste devenu un simple parti électoraliste, qui est rentré dans le système traditionnel. Il forme la bande des trois avec le Parti socialiste et l’UMP…

Source : http://www.gazette-cotedor.fr/2015/05/27/marine-le-pen-commis-une-infamie/

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