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Le blog politique de Thomas JOLY

Martyr (par Fabrice Le Quintrec)

1 Février 2015, 09:53am

Publié par Thomas Joly

Les islamistes de par le monde ou dans nos quartiers « sensibles » n’hésitent pas à revendiquer le mot « martyr » au sujet de leurs héros Mohamed Merah, Amedy Coulibaly, Cherif et Saïd Kouachi. Ils poussent le bouchon un peu loin. Une mise au point s’impose car l’abus de langage est manifeste : étymologiquement, le martyr « témoigne ».

Parmi les premiers chrétiens, et beaucoup d’autres encore plus près de nous (les victimes des massacres de septembre sous la Révolution française, les neuf cent soixante dix sept prêtres et religieuses tués par les républicains espagnols pendant la terreur rouge, ou encore Saint Maximilien Kolbe qui, à Auschwitz , mourut pour sauver un père de famille), nombreux, en effet, sont ceux qui choisirent de ne pas renier leur foi et firent le sacrifice de leur vie. Ce sort leur parut préférable à l’apostasie. Ils n’imposèrent rien aux autres, ils subirent et souffrirent en silence, en espérant que leur sang répandu susciterait de nouveaux adeptes. Ils pensaient que leur témoignage de foi serait utile et que le Royaume des Cieux les attendait. Ils furent torturés, ils reçurent la mort.

De même les moines tibétains qui s’immolent par le feu cherchent à attirer l’attention sur une cause qui leur paraît valoir davantage que leur propre existence.

Toute autre est la démarche qui consiste, non pas à recevoir la mort, mais à la donner aux autres, qui n’ont rien demandé. Nos terroristes sèment la mort et la désolation de ci de là… Ce ne sont pas des martyrs mais des assassins. Il y a là plus qu’une nuance. Les premiers portent l’amour en eux ; les seconds, la haine.

Le terme « martyr » est trop chargé de connotations historiques et spirituelles précises pour être ainsi abandonné à des personnages qui ne sauraient constituer des exemples. Faisons attention au sens des mots. Les dérives politiques commencent bien souvent par un piratage sémantique. C’est ainsi qu’en France, au cours des dernières années et décennies, « Big Brother » (pour reprendre le patronyme créé par Orwell et récemment remis au goût du jour par Laurent Obertone) nous a dressés, conditionnés au nom d’une morale officielle véhiculée par des mots et par leurs connotations progressivement imposées à grands coups de matraquage médiatique.

Le Monde, dans son édition en date de vendredi dernier, nous livrait la critique –très élogieuse- d’une pièce de théâtre actuellement à l’affiche, au théâtre national de Strasbourg ; son titre : « Martyr », précisément… Il paraît que la mise en scène « a totalement respecté le ton de farce grinçante » qui est celui de l’auteur, Marius von Mayenburg. Thème de cette pièce : les dérives d’un ado qui sombre dans le radicalisme et l’extrémisme … catholiques. Cette pièce aurait, selon ce grand quotidien du soir, le mérite d’élucider des mécanismes et de dégager des archétypes. Tous les monothéismes seraient exposés, d’après notre confrère, à ce risque de fanatisme. Gardons toutefois nos repères : pour ma part, je n’ai jamais vu de cathos ouvrir le feu à la kalachnikov dans les rues de Paris.

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