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Le blog politique de Thomas JOLY

Marisol Touraine, plus haut que Sœur Emmanuelle ! (par Gabrielle Cluzel)

21 Janvier 2015, 06:37am

Publié par Thomas Joly

Marisol Touraine est choquée, ulcérée, tourneboulée. Elle se serait reconnue dans la fresque murale de la salle de garde CHU de Clermont-Ferrand, dont la photo a été postée sur Facebook. La wonderwoman, plus que légèrement vêtue, renversée et serrée de près par quatre super-héros, ce serait elle. Non que la ressemblance soit flagrante — le dessin est là depuis 15 ans — mais elle en veut pour preuve les inscriptions dans les bulles — récentes, elles — violemment dirigées contre son projet de loi.

Selon Libération, qui en connaît visiblement un rayon et pose un regard de spécialiste, « à première vue, il s’agit d’une scène de gang bang typique de la pornographie ». Mais pour l’association « Osez le féminisme » que l’on a connue moins farouche avec sa campagne « Osez le clitoris » – ce dessin représenterait le « viol collectif », rien de moins, de la ministre de la Santé.

Pour les Inrocks, il « donne tout simplement la nausée ». Laurence Rossignol, Pascale Boistard (secrétaire d’État chargée des femmes), Bruno Le Roux, se sont chacun fendus d’un tweet. Le groupe EELV, de son côté, a déclaré trouver cela « grossier et infamant ». Et on ne peut guère lui donner tort, c’est en effet vulgaire et obscène, impossible de prétendre le contraire.

Mais une première interrogation lancinante s’impose : Marisol Touraine, ministre de la Santé, comme un ministre de la Défense qui n’aurait jamais mis les pieds dans un régiment, ne se serait donc jamais aventurée dans une salle de garde ? Découvre-t-elle donc d’un coup que la déco n’y est pas tout à fait celle d’une école de bonnes sœurs, que l’humour carabin — et cela ne date pas d’hier — manque cruellement de classe et de légèreté ? Que la sexualité y est omniprésente, et pas façon Angélique, Marquise des anges ? Et qu’aucun gouvernement, même infiniment moins libertaire que celui-là, ne s’est avisé de s’en offusquer ?

L’avocat du syndicat des internes de médecine de Clermont-Ferrand, penaud, a « présenté ses excuses » ; le Conseil national de l’ordre des médecins, le rouge au front, a « condamné sans réserve » ; le CHU de Clermont-Ferrand, confus et désolé, a « décidé d’effacer dans la journée cette peinture murale » et d’engager des poursuites « disciplinaires, voire judiciaires à l’encontre du ou des auteurs présumés responsables de ces agissements inacceptables ».

Ben ça alors. Et c’est la deuxième interrogation : l’esprit Charlie ne souffle-t-il pas là où il veut ? Les internes en médecine n’auraient-ils pas le droit, eux-aussi, de dire « Je suis Charlie » comme tout bon citoyen, et de joindre l’acte à la parole ? En ces jours d’hommage national, quelle plus belle révérence que cette fresque cochonne et ses commentaires graveleux, dans la droite ligne éditoriale du canard, comme l’a encore révélé le dernier numéro, le numéro historique que l’on s’est arraché, où une autre femme, Sœur Emmanuelle, est mise en situation tout aussi dégradante, sans qu’aucune association féministe ne s’en émeuve ?

Marisol Touraine se situerait donc au-dessus de Sœur Emmanuelle, au-dessus des papes, des dieux, et des prophètes, tout en haut de l’Olympe pour être ainsi intouchable ? Ou découvrirait-elle, avec ses petites camarades, que l’humour trash, bête et méchant est absolument désopilant… tant qu’il ne blesse que les autres ?

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