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Le blog politique de Thomas JOLY

Comment Davos recycle les paradis terrestres (par Nicolas Bonnal)

31 Janvier 2015, 10:22am

Publié par Thomas Joly

On apprend des choses sur Davos : l’oligarchie (1 % plus riche que le reste du monde) discute de la colère des classes moyennes et on laisse atterrir 1.700 jets polluants sur les montagnes suisses pour évoquer le réchauffement climatique qui sert à renforcer les réglementations globales. Et l’élite détestée, inquiète, recherche des îles libres de tourisme cheap et des bunkers perdus dans des coins reculés (cf. le Guardian).

La destruction de la planète par le tourisme et le fric est hélas une vieille lune. Le tourisme promis à une élite de voyageurs surtout britanniques (cf. « Le Grand Tour ») s’industrialisa au dix-neuvième siècle et ce hideux phénomène réveilla les bons esprits comme Théophile Gautier, qui publie en 1843 déjà son fastueux Voyage en Espagne ; il vaut tous les guides du routard de la création. Gautier regrette : « C’est un spectacle douloureux pour le poète, l’artiste et le philosophe, de voir les formes et les couleurs disparaître du monde, les lignes se troubler, les teintes se confondre et l’uniformité la plus désespérante envahir l’univers sous je ne sais quel prétexte de progrès. Quand tout sera pareil, les voyages deviendront complètement inutiles, et c’est précisément alors, heureuse coïncidence, que les chemins de fer seront en pleine activité. »

Cinquante ans plus tard, Léon Bloy imagine le pire dans le contexte expert-comptable de notre colonialiste République. Je vous laisse apprécier la prose du maître dans ses Exégèses des lieux communs (Exégèse CI, monter une affaire) : « La plus belle affaire du monde serait le lotissement ou la vente du Paradis terrestre. Essayez de vous mettre en face de cette horreur : l’exploitation et le dépeçage du Paradis terrestre ; l’irruption du notaire, du métreur, de l’entrepreneur et des tramways électriques sous ces ombrages de six mille ans qui ont vu l’Innocence humaine… ! Par nature le Bourgeois est haïsseur et destructeur de paradis. Quand il aperçoit un beau Domaine, son rêve est de couper les grands arbres, de tarir les sources, de tracer des rues, d’instaurer des boutiques et des urinoirs. »

Son rêve, au bourgeois, aussi, est de coller des règlements citoyens.

Vieux baroudeur moi-même, j’ai vu ce phénomène se produire sur toutes les plages libres d’Asie qui ont été conquises et recouvertes, surtout après ce très « indispensable tsunami » (dixit un président néolibéral sri-lankais), de constructions monstrueuses pour nuitées coûteuses destinées au repos mérité des profiteurs du textile, du Web, de la Bourse et de l’immobilier. En quinze ans, l’Asie des rivages a disparu et les descendants des pirates sont partout devenus bâtisseurs bétonneurs.

On comprend pourquoi nos millionnaires préférés, à Davos, s’échangent leurs bonnes adresses en Patagonie, aux Fidji ou en Tasmanie. Quand la bombe aura explosé ou la finance implosé, quand l’euro aura enfin fondu, il leur faudra courir vite et apprendre à défendre jalousement son bunker ou son yacht-destroyer !

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