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Le blog politique de Thomas JOLY

« Compte pénibilité » : comment tuer l’emploi à défaut du chômage (par Marie Delarue)

2 Décembre 2014, 08:24am

Publié par Thomas Joly

Un documentaire sur la ville de New York portait récemment l’attention sur les ouvriers qui, dans la ville qu’on appelait jadis « la grosse pomme », installent et réparent les citernes sur les toits. Citernes en bois, planches montées à bras d’hommes… Des types qui travaillent sans harnais de sécurité et même sans casque ! Et ils en sont fiers !! Un truc qui glacerait d’horreur n’importe quel employeur européen, disait le commentateur. Quant au Français qui tolérerait cette folie, il irait durablement se faire des cheveux blancs en prison. Voilà donc pour l’Amérique d’aujourd’hui.

Dans la France d’aujourd’hui, les petits patrons sont dans la rue. Motif du ras-le bol devenu trop-plein : la mise en place, au 1er janvier prochain, du déjà fameux « compte pénibilité ». Un compte à établir et tenir pour chaque employé sur une fiche individuelle, au jour le jour, durant toute sa carrière. Pour reprendre l’exemple ci-dessus, cette mesure contraindrait l’artisan à peser chaque jour les planches que son ouvrier a grimpées sur le toit, noter s’il l’a fait avec ses bras ou à l’aide d’un treuil, s’il les a portées sur son dos ou contre son ventre, s’il a dû passer du temps à genoux, ou accroupi, ou s’il a eu à subir « des positions du torse en torsion à 30 degrés ou des positions du torse fléchi à 45 degrés », et pendant combien de temps. Relever aussi s’il a fait chaud ou froid, combien au-dessus ou en dessous de la limite fixée par des gratte-papier qui ne bougent jamais leur cul du fauteuil dans lequel ils se sont assis en sortant de l’ENA…

Cette réforme est un monstre, un de plus. C’est le rejeton, là encore, du principe de précaution et de la lâcheté d’un gouvernement prêt à toutes les absurdités pour poursuivre ses relations incestueuses avec des syndicats qui ne représentent guère qu’eux-mêmes. Car cette « réforme » n’est que le prix de la paix sociale signée, lors de la dernière réforme des retraites, avec des syndicats qui ne représentent au mieux que 7 à 8 % des salariés !

Pourtant tous le reconnaissent (y compris la CGT !) : c’est impossible à mettre en place. « Comment voulez-vous qu’on applique un truc pareil ? Il nous faudrait travailler avec un thermomètre dans une main et un chronomètre dans l’autre… », dit une patronne de PME au mensuel Capital. Les patrons ne refusent pas de prendre en compte la pénibilité du travail, ils demandent juste un peu de cohérence. Un dispositif, par exemple, qui fixerait des barèmes par profession plutôt que de contraindre à un impossible suivi individuel… qui reviendrait in fine à instaurer de nouveaux régimes spéciaux de retraite… Mais Marisol Touraine, ministre éclairé des Affaires sociales, n’en démord pas : c’est une « innovation sociale essentielle ». À moins que ce ne soit la plus aboutie des machines « à broyer les entreprises et l’emploi ».

Car tout cela va coûter, bien sûr, et fort cher. Pour financer sa réforme, l’État a créé une nouvelle cotisation à la charge des entreprises, calculée en fonction du nombre de salariés concernés : « 0,1 % pour 2015 et 2016, puis 0,2 % à partir de 2017, pour les travailleurs exposés à un risque unique, le double pour ceux qui en affronteront plusieurs », sachant que dans certains secteurs (bâtiment, transports, etc.), cela peut toucher 80 % des salariés. Au total, écrit Capital, « la réforme, qui devrait concerner plus de 3 millions de salariés d’ici un an, soit près d’un sur cinq dans le privé, pourrait coûter bien plus que les 500 millions d’euros par an annoncés pour 2020 (et les 2,5 milliards en 2040) ».

Il est vrai que ça ne risque pas d’atteindre la fonction publique. Et ça, pour l’État socialiste, c’est bien l’essentiel, non ?

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