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Le blog politique de Thomas JOLY

L’école en Seine-Saint-Denis, face émergée de l’iceberg… (par Pierre Van Ommeslaeghe)

23 Novembre 2014, 10:44am

Publié par Thomas Joly

Le ministre de l’Éducation nationale vient d’annoncer de nouvelles mesures exceptionnelles pour tenter de remédier au manque d’enseignants en Seine-Saint-Denis. Concours exceptionnel, pré-recrutement dès le master 1, primes pour les professeurs des écoles dans les zones d’éducation prioritaire, etc.

Il est certain que des mesures doivent être prises pour parer aux difficultés réelles que connaît ce département : échec scolaire important, violences dans les établissements entre élèves et contre les enseignants, fuite de ces mêmes enseignants dès qu’ils le peuvent vers des cieux plus cléments. Leur grève, très suivie, de jeudi est le signe de ce malaise. Mais il est à craindre que madame Vallaud-Belkacem ne fasse là que soigner les symptômes et qu’elle n’ira pas jusqu’à s’attaquer aux causes du problème.

Dans ce territoire, on a vu mises en œuvre toutes les erreurs politiques, toutes les aberrations idéologiques, toutes les lâchetés intellectuelles dont souffre notre pays depuis des décennies.

L’immigration d’abord. Une immigration acceptée par la droite bourgeoise parce que cela permettait une pression à la baisse sur les salaires ; une immigration poussée par une gauche y voyant le nouveau prolétariat, fer de lance de la révolution ou, plus prosaïquement, électorat de remplacement. Une immigration multinationale qui a fait des écoles des patchworks multiethniques dans lesquels la langue française, l’histoire
française, la culture française ne pouvaient plus résonner, pas même dans le cœur des rares enfants français de souche qui s’y trouvaient étrangers aussi.

Le mépris ensuite. Mépris de ces populations toujours considérées comme victimes, comme assistées par nature. Mépris pour les enseignants, d’abord de la part des gouvernants. De droite, toujours prompts à dénigrer des fonctionnaires privilégiés, à se moquer de la culture classique (Sarkozy et La Princesse de Clèves !). Mais de gauche aussi, voulant imposer aux professeurs de terrain les élucubrations de docteurs Folamour de la pédagogie (apprendre à lire dans des modes d’emploi !).

Dévaluation générale de la culture par toute la société qui ne vénère plus que l’argent. Comment s’étonner que les gamins respectent un footballeur presque analphabète mais qui gagne mille SMIC par mois et méprisent un enseignant très cultivé mais qui ne gagne au mieux que deux SMIC par mois ?

La démission morale des pseudo-élites. Autoflagellation sur la Seconde Guerre mondiale. Autoflagellation sur la colonisation. Autoflagellation sur la guerre d’Algérie. L’excuse permanente pour les délinquants, toujours victimes de la société, du racisme s’ils sont d’origine étrangère. La dérision permanente de toute autorité, des enseignants mais aussi des parents, de l’Église, de la police. Pourquoi les élèves respecteraient-ils ce que les politiques, la télévision, la presse, des enseignants eux-mêmes leur disent de ne pas respecter ?

Au-delà des mesures d’urgence, il conviendrait de s’attaquer à ces causes profondes de la décrépitude de l’Éducation nationale en Seine-Saint-Denis, département qui n’est que l’avant-garde de cette décrépitude. Il est à craindre que madame Vallaud-Belkacem ne le fasse pas plus que ses prédécesseurs. Parce qu’il est probable qu’elle ne sera plus à son poste d’ici deux ans (peu de ministres de l’Éducation nationale tiennent plus que cela) mais aussi parce que ce serait renoncer à son idéologie.

Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes, disait Bossuet. L’école en pleure, et pas seulement en Seine-Saint-Denis.

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