Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog politique de Thomas JOLY

Halte au « tourisme social » ! (par Gabrielle Cluzel)

13 Novembre 2014, 17:36pm

Publié par Thomas Joly

« Le tourisme social est un mythe ! » affirmait, il y a quelques mois, László Andor, commissaire chargé des Affaires sociales auprès de Barroso. Las, il en va des « mythes » comme des « rumeurs », il y a toujours des benêts, n’est-ce pas, pour les croire. Et s’inquiéter inutilement. Et voter de travers. Et faire trembler d’un coup, malgré la moquette épaisse et la semelle confortable des souliers Berluti, le sol sous les pieds des hauts fonctionnaires et des gouvernants. C’est contrariant.

C’est donc de mythologie que la Cour de justice européenne s’est occupée, mardi dernier, statuant sur le cas d’une jeune mère roumaine venue, avec sa fille, chez sa sœur à Leipzig (Allemagne) dans le seul but d’y bénéficier d’aides sociales, qui lui ont été refusées par l’agence pour l’emploi locale.

Les dernières élections européennes l’ont peut-être rendue toute chose. Légèrement flagada. Car contre toute attente, la Cour européenne a statué que les États membres n’étaient pas « tenus d’octroyer des prestations sociales » à des citoyens « d’autres États membres » se rendant sur le territoire dans le seul but de les obtenir.

Selon LesÉchos.fr, cet arrêt prouve que les États membres « disposent de flexibilité pour traiter ce genre de problèmes, si jamais ils existent (sic) ». Une légende, on vous dit ! FranceTvInfo évoque la satisfaction des opposants au « prétendu tourisme social (resic) ». Et LePoint.fr de lancer aussi sec un sondage : « Tourisme social interdit : la Cour de justice de L’Union européenne manque-t-elle d’humanité ? »

Fallait-il que David Cameron soit désœuvré – les Premiers ministres le sont si souvent – pour s’intéresser lui aussi à cette fable : il s’est fendu d’un tweet soutenant la Cour de justice européenne, dont la décision relève selon lui « du bon sens ».

En France, le socialiste Bruno Le Roux a affirmé, avec une certaine gêne, que cette décision semblait « dire des choses justes ». Peut-être parce que, côté mythologie, étant élu de Seine-Saint-Denis, il est incollable sur la question du tonneau des Danaïdes « aides sociales ».

Le vrai « manque d’humanité », pour parler comme Le point.fr, c’est la pensée désincarnée. Détachée du réel. De celui qui ne s’y confrontera jamais car, lorsqu’il aura grand ouvert la porte du hangar, avec à l’intérieur les paillasses des pauvres gens entassées – « Mais entrez donc, mon brave, et vous autres, soyez gentils, faites un peu de place, poussez donc vos vieilles hardes qui encombrent » –, il regagnera ses salons lambrissés. Le vrai manque d’humanité, c’est de ne pas prévenir le cocktail explosif d’exaspération et de désespoir sur lequel débouchera inexorablement leur inconséquence je-m’en-foutiste qui est à la charité ce que BHL est au Curé d’Ars, et dont souffriront aussi, dans la déflagration, ceux qui étaient venus pour gagner honnêtement leur vie.

Certains se réjouissent de cette décision qui entrebâillerait une lucarne au principe de « priorité nationale ». Peut-être trop vite. D’abord parce que celle-ci ne statue que sur la circulation intra-européenne. Ensuite parce qu’elle laisse latitude à chaque pays de « voir »… et dans le nôtre, pensez-vous, ce sera vite vu. Si l’Angleterre, si l’Allemagne s’engouffrent dans la brèche ouverte par la Cour de justice, quel pays, je vous le donne en mille, restera la brasserie ouverte qui sert à toute heure quand les autres auront baissé le rideau, récupérant de ce fait tous les touristes… sociaux ?

Source

Commenter cet article