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Le blog politique de Thomas JOLY

Le numérique : « machin » éducatif (par Pierre Van Ommeslaeghe)

6 Octobre 2014, 07:09am

Publié par Thomas Joly

Le CNN (Conseil national du numérique) vient de présenter des recommandations pour le développement du numérique à l’école. Il préconise la création d’un baccalauréat « Humanités numériques » (HN) au lycée général à côté des baccalauréats littéraire (L), scientifique (S) et économique et social (ES). Ceci, quelques jours après que le ministre de l’Éducation nationale a annoncé que tous les élèves de 5e recevraient une tablette numérique en 2016. Dans un lycée de l’Aveyron, des candidats au CVL (Conseil de la vie lycéenne) ont inscrit dans leur programme l’autorisation d’utiliser les smartphones en classe pour des motifs pédagogiques… Ils ont l’excuse de ne pas vraiment y croire eux-mêmes. Le remède à l’échec scolaire ? Le numérique ! Au recul des élèves français dans les classement internationaux ? Le numérique ! À la crise de l’enseignement ? Le numérique, vous dis-je ! Le numérique est devenu l’alpha et l’oméga de la politique de l’enseignement en France, le sirop Typhon de l’école.

Le numérique est, certes, en train de bouleverser notre façon de travailler, nos loisirs, nos relations avec les autres. Faut-il pour autant en injecter à haute dose dans l’enseignement ? Le numérique est un outil. Imagine-t-on un baccalauréat « marteau et tournevis » ? S’il s’agit de concevoir des outils numériques, il y a le baccalauréat STI2D qui peut y préparer, et ce sont les formations du supérieur (BTS, IUT, écoles d’ingénieur) qui sont pertinentes pour enseigner cela. S’agit-il d’introduire dans les disciplines de l’école le numérique quand cela est utile ? Mais cela concerne plus les enseignants que les élèves. S’il y en a où le numérique apporte une réelle plus-value, ce n’est pas le cas de toutes. En philosophie, c’est un gadget inutile et parfois nuisible quand les outils sont mal conçus, ce qui arrive hélas souvent. Sans compter que ces technologies évoluent très vite, l’obsolescence de ce qui serait mis en place est à craindre. Le plan « informatique pour tous » des années quatre-vingt a ainsi été un échec coûteux.

Le numérique est un outil, pas une finalité en soi. Ceux qui savent le mieux s’en servir sont ceux qui ont appris à se servir d’abord de leur cerveau et ont acquis un esprit critique grâce à leur culture. L’obsession du numérique masque une absence de pensée sur la finalité de l’Éducation nationale : quand on se focalise sur l’outil sans se demander à quoi il peut servir, c’est qu’on ne sait pas ce qu’il faut faire. Du moins pour nos soi-disant dirigeants. Il n’est pas certain que le CNN soit aussi naïf qu’eux.

Sur les trente membres de ce nouveau « machin » créé en 2013, au moins dix-neuf sont dirigeants ou actionnaires de sociétés intervenant dans le domaine du numérique. Si le bénéfice du numérique pour les élèves n’est toujours pas démontré et même souvent mis en cause par les professionnels de l’éducation, les bénéfices de l’informatique partout dans l’école pour les entreprises informatiques sont certains. D’autant que la méconnaissance de l’informatique par les décideurs du ministère et les élus leur permet de vendre très cher des produits parfois peu adaptés.

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