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Le blog politique de Thomas JOLY

Et John devint Abdel-Majid (par François Falcon)

26 Août 2014, 07:22am

Publié par Thomas Joly

Cinq jours après la diffusion des images terrifiantes de l’exécution du journaliste américain James Foley par un djihadiste « parlant avec l’accent des banlieues populaires de Londres » et présenté par les médias du monde entier comme « John the Executioner », on en apprend davantage sur le bourreau en question. La presse britannique a révélé hier que celui que ses camarades de djihad surnomment « John » en raison de sa nationalité est un jeune homme de 23 ans nommé Abdel-Majid Abdel Bary, fils d’un membre égyptien d’Al-Qaïda qui vivait dans une luxueuse villa d’un quartier huppé de Londres, avant son départ pour la Syrie et l’Irak. On s’était imaginé un pauvre Anglais de souche récemment converti et on découvre un riche Britannique d’origine égyptienne, membre d’une dynastie de terroristes.

Pour les Britanniques, le dévoilement de la véritable identité de « John » fut peut-être une surprise, mais pour les Français, il y a là comme un air de déjà-vu. On se souvient de ce « suspect de type européen » qui avait semé l’effroi à la rédaction de Libé et qui avait été dépeint comme un activiste d’extrême droite pendant trois jours, avant de se révéler être un militant d’extrême gauche nommé Abdelhakim Dekhar. On se souvient également du tueur du Musée juif de Bruxelles qui fut un fasciste de type européen pendant plusieurs jours avant que la police française n’arrête par hasard un certain Mehdi Nemmouche « au profil djihadiste ». On se souvient surtout du monstre de Toulouse « aux yeux bleus » (selon des témoins) qui avait abattu des soldats français musulmans et des enfants juifs, signature évidente de l’extrême droite néo-nazie : Mohamed Merah, donc.

Comment expliquer une telle série ? Par l’aveuglement volontaire des élites occidentales qui projettent leurs fantasmes sur la réalité aussi longtemps qu’il leur est possible de se voiler la face ? Sans doute, mais il y a bien plus : les quelques jours de flottement de l’information sont aussi ceux durant lesquels l’émotion est à son comble. L’assassinat d’enfants juifs, de soldats français, de touristes israéliens, ou l’égorgement d’un journaliste américain déclenchent dans l’opinion publique une violente réaction : un mélange de peur, de haine et de révolte qui doit absolument trouver un exutoire, pour ne pas dire un bouc émissaire. Lorsque tous les élèves de France se sont levés pour observer une minute de silence en l’honneur des victimes de Toulouse, ils avaient dans le cœur la peur ou la haine de cette extrême droite dont les crimes monstrueux n’étaient que la réalisation « des discours de haine du Front national ». Lorsque, deux jours plus tard, on leur a révélé le nom du principal suspect, l’émotion était déjà en partie retombée, et aujourd’hui encore le nom de Jean-Marie Le Pen semble plus sulfureux que celui de Mohamed Merah.

Dans l’affaire James Foley, le flottement au sujet de l’origine du suspect a permis d’éviter que le crime ne soit associé à l’image d’un immigré. Ce sont les petits Blancs londoniens qui ont absorbé la violence du rejet. L’idée selon laquelle l’immigration est responsable de la présence de l’islam en Europe et que l’islam génère chez certains de ses adeptes des comportements criminels n’a pas pu passer dans le champ de l’émotion. Le raisonnement ne s’est pas transformé en sentiment, puis en ressentiment, voire en panique et en réflexe d’autodéfense. Mission accomplie.

Jouons les devins pour conclure : le jour où une bombe explosera dans un café parisien ou un marché lyonnais, l’enquête se portera d’abord sur les Jeunesses Nationalistes ou le Bloc identitaire, puis sur un certain « Godefroi » revenu d’Irak. Au bout de quelques jours – dans le meilleur des cas –, nous connaîtrons la vérité.

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