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Le blog politique de Thomas JOLY

Brésil, pays de l’apartheid tranquille ! (par Joris Karl)

8 Juillet 2014, 07:41am

Publié par Thomas Joly

Il faut que ça rentre dans votre crâne: pour ça, la télé, Le Monde ou Libé et Mickey Magazine vous rabâchent à longueur de journée leur ode au Brésil métissé, multiculturel et riche de ses différences bla-bla-bla. Les reporters sont sur place, chemise ouverte et barbe de trois jours. En arrière-plan, les plages, le soleil couchant. Dans son fauteuil, engourdi par la kro et le pastaga, le beauf moyen n’aura donc qu’une version de l’histoire. De son côté, le bobo sera satisfait : le Brésil c’est cool, tout le monde se mélange dans la joie et la bonne humeur. Bien sûr il y a les favelas et le trafic. Mais c’est social on vous dit, social.

Pourtant, l’observateur attentif de la coupe du monde aura noté une bizarrerie dans les tribunes des stades : l’immense, l’écrasante majorité des supporters brésiliens sont… blancs. La coupe du monde leur est réservée. Mais chut ! Il ne faut pas le dire trop fort. Alors que le foot est un sport on ne peut plus populaire, encore joué dans la rue brésilienne, quasiment aucun noir, presque aucun métis n’ont pu s’offrir les tickets d’entrée aux prix scandaleux.

A la place du peuple à peau sombre et aux dentitions défoncées, les caméras braquent et bandent sur les bombasses brunes ou blondes aux dents éclatantes. Ce sont des brasileiras d’origine portugaise, espagnole, italienne, hollandaise ou allemande, celles qu’on peut montrer quoi ! Les autres on les garde pour les clichés du carnaval. La coupe du monde le prouve : le Brésil est un pays où l’apartheid est officieusement admis.

Bien sûr il n’y a pas de loi écrite, bien sûr ce n’est plus le Brésil des années 1900 qui voulait officiellement « blanchir sa race ». Mais il suffit de visiter le pays pour découvrir le pot aux roses : les blancs vivent littéralement séparés du reste de la population. Dès qu’ils en ont les moyens, ils s’installent dans des condominios, quartiers fermés entourés de murs hauts de 3 à 5 mètres, dont le sommet est délicieusement garni de barbelés. Pour pénétrer dans ces zones blanches, il faut passer un check point gardé par des miliciens privés, souvent armés. L’apartheid se fait en douceur. Pas de risque de sanctions internationales…

Le système scolaire est de la même veine, même si le gouvernement tente d’imposer des quotas raciaux (preuve que l’apartheid existe de facto) : les écoles primaires et collèges publics – au niveau souvent très faible – sont destinées aux noirs et métis, l’enseignement privé, aux blancs.

Le racisme est omniprésent dans le pays, sous des formes détournées, ainsi on se moque des pauvres métis du Nordeste, les « nordestinos ». L’adjectif est utilisé même entre blancs pour se moquer de quelqu’un jugé débile ou incapable. Des mots beaucoup plus durs sont discrètement employés envers les noirs comme « macacos ». Heureusement, les touristes en restent à la carte postale. Brésil, pays de l’apartheid tranquille !

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