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Le blog politique de Thomas JOLY

À quand le diplôme pour tous ? (par Emmanuel Tranchant)

3 Juillet 2014, 07:38am

Publié par Thomas Joly

Pour un chef d’établissement qui a fait son miel du bac 68 puis étudié à la Sorbonne entre deux manifs, le bac 2014 sera le point d’orgue d’une carrière vouée à l’égalité des chances : après 2013, ce cru porte la promesse d’un accomplissement. La liturgie annuelle des résultats d’examens sonne les réminiscences du Printemps de ma génération. Le spectacle de la réception des résultats a de quoi réjouir : il montre combien le spontanéisme révolutionnaire a fait école.

Moi-même arrivé (j’allais dire « parvenu » mais j’ignore comment Bourdieu et ses boursiers le recevraient) à bac (68) + 45, niveau de peau d’âne qui mesure une incontestable expertise, je communie aux émotions incontrôlées de nos grands ados qui, dans 90 % des cas, explosent d’une joie dionysiaque, sautant tels marsupilamis à l’annonce d’un verdict favorable, quand 10 % hululent en sacs et cendres dans les affres du plus profond tourment. Ils nous rappellent que le grand espoir égalitaire né sur les barricades de notre jeunesse n’est pas encore réalisé.

Depuis 68, pourtant, les résultats aux examens d’État sont en hausse continue en toutes disciplines, preuve s’il en faut des vertus du pédagogisme capable de mener tout élève à l’excellence. Preuve aussi de la distance critique avec laquelle il faut accueillir les indicateurs mondiaux ou européens – l’enquête PISA par exemple, qui penche toujours sans jamais tomber – qui prétendent infirmer l’optimisme officiel et reléguer la France en Ligue 2 alors qu’elle caracole en tête de la démocratie scolaire. Gloire donc à l’Éducation nationale qui décerne si généreusement le premier grade universitaire, grade dont le qualificatif indique assez l’universalité pour que le ministère se doive de l’offrir à tous.

Depuis l’an dernier, pourtant, le chef d’établissement s’interroge. La tendance asymptotique tarde à rejoindre sa confusion verticale et définitive. Comment tolérer plus longtemps les 10 % hululants ? Atteinte au principe d’égalité, se dit-il, et cela au moment où la représentation nationale a voté le Mariage pour tous. Curieux pas en arrière, en effet : les consignes du ministère et des rectorats multiplient les obstacles pour empêcher les 100 % démocratiques. Alors que les commissions d’harmonisation tirent dans le bon sens, un numerus clausus imposé d’en-haut maintient les 10 % hululants : concession probable à l’écologie qui fait de la préservation du hululement, patrimoine immatériel de l’humanité, un élément non négociable.

Autre curiosité, la révision des notes à la baisse quand elles dépassent trop le maximum des 20 requis pour les plus hautes mentions et le chiffre invraisemblablement bas des dites mentions : 50 % seulement des reçus. Comment accepter la duplicité d’une administration qui tolère d’aussi grands écarts quand elle ne jure par ailleurs qu’égalité des genres ?

L’enseignement du français en témoigne justement : le pédagogisme a tellement brouillé la grammaire en y substituant de nouveaux genres (hétéro-mâle, hétéro-femelle, homo-mâle, homo-femelle, bi-mâle, bi-femelle, trans-mâle, trans-femelle, etc.), sans parler des nombres (le duel grec nous manque cruellement pour subjectiver les paires) ni des fonctions, que la seule solution logique est l’abandon de toute notation : soyons globaux ! C’est l’attendu des nouvelles méthodes dont le but sociétal postule l’indétermination. Ce qui permet à l’État, enfin dépouillé de son machisme originel, de régner sans partage sous forme de démocratie maternante. On objectera que si quelques stakhanovistes obtiennent des notes supérieures au maximum requis, c’est la preuve hélas qu’une nouvelle nomenklatura cognitive guette, pour la tacler, chaque avancée démocratique. Bref, il reste à faire pour qu’advienne enfin le diplôme pour tous…

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