Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog politique de Thomas JOLY

Youssouf Fofana : la peine de mort pour tous ? (par Nicolas Gauthier)

20 Juin 2014, 07:10am

Publié par Thomas Joly

Youssouf Fofana, « enfant perdu de la République », comme certains prétendaient à la fin du siècle dernier. Aujourd’hui, on opterait plutôt pour « homme s’étant mis en marge de l’humanité » ; la vraie, pas celle du moribond quotidien du PC.

Inutile de revenir sur le calvaire de sa victime, Ilan Halimi : les faits parlent d’eux-mêmes. Et nous en révèlent encore plus sur certains Français d’aujourd’hui. Fixette sur le fric vite gagné. Exaltation pseudo-religieuse. Le tout mêlé à un amateurisme consternant. Fofana, donc, a écopé d’une peine de prison à perpétuité. Perpétuité relative, sachant qu’elle se limite à vingt-deux années incompressibles. Ce à quoi il faut ajouter sept années de placard supplémentaires, pour « apologie du terrorisme », années auxquelles viennent de s’ajouter quatre autres années de zonzon pour avoir agressé ses gardiens.

Jamais deux sans trois, Youssouf Fofana vient de récidiver en s’en prenant à un autre surveillant. À chaque fois, crâne, il rétorque : « Mettez-m’en encore dix ans de plus, ça ne me dérange pas… »

Au-delà de la personnalité aussi azimuthée que mortifère du gugusse en question, voilà qui pose une question s’invitant, toute seule comme une grande, dans le débat : peine de mort ou pas ? À l’origine, son abolition qui, faisant partie des promesses présidentielles de feu François Mitterrand, ne mangeait pas de pain, puisque concernant un candidat à la machine du bon docteur Guillotin tous les deux ou quatre ans.

Mais il est toujours plus aisé de faire appliquer des mesures sociétales concernant une minorité de citoyens que d’emplir son véritable devoir d’homme d’État, lequel consiste à faire respecter les droits du plus grand nombre. Bref, pour assurer la survie de son double tontonnat, celui qui n’aura pas grimpé que la roche de Solutré nous a au moins légué les radios libres, Canal+ et l’abolition de la peine de mort. Pour le reste, il aura contribué à la désindustrialisation de la France et son abaissement en tant que puissance internationale souveraine.

Après, bien sûr, on peut être pour la peine de mort ou pas. Dans les deux camps, transcendant clivages de gauche et de droite, les arguments ne manquent pas. Il n’empêche que le pis-aller de remplacement, ne serait-ce que d’un simple point de vue humaniste, ne coule pas forcément de source.

En effet, solution à l’ancienne et à la française : condamné à mort, sept jours pour mettre ses affaires en ordre, rédiger son testament, implorer le pardon de sa vieille maman, attendre la grâce présidentielle, et après : couic ! Solution à l’américaine : erreurs judiciaires et décennies à attendre dans le couloir de la mort, ne sachant jamais si le dernier soir précédera l’ultime matin.

Désormais, c’est encore plus barbare. Parce qu’une réelle perpétuité demeure rigoureusement ingérable, pour le prévenu comme pour ses gardiens. Si l’homme enfermé ne conserve pas une petite fenêtre d’espoir, évasion ou remise de peine, la bête devient encore plus fauve qu’elle ne l’était avant de pénétrer cette enceinte en forme de tombeau.

La preuve, donc, par Youssouf Fofana, que rien ne calmera, sauf chemin de Damas inopiné. D’ailleurs, qu’a-t-il à perdre ? Rien. Autrefois, un chef d’État chinois avait eu des mots assez justes sur la question : « L’avantage de la peine de mort est qu’elle interdit la récidive. » C’était Mao, le Grand Timonier. Mais on avait entendu plus niais.

Source

Commenter cet article