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Le blog politique de Thomas JOLY

Toubon, ou la nomination d’un « hollando »-compatible (par Aristide Leucate)

13 Juin 2014, 07:45am

Publié par Thomas Joly

Hollande commencerait-il à devenir un adepte de « l’ouverture » à droite, à l’instar de son prédécesseur Nicolas Sarkozy qui, lui, en nourrissait une véritable addiction ? En proposant, lors du Conseil des ministres du 11 juin, la nomination de Jacques Toubon comme Défenseur des droits, en remplacement de Dominique Baudis, décédé en avril dernier, l’ex-député de Corrèze a, semble-t-il, surpris son monde.

Mais doit-on être étonné ? Si l’on s’en tient à l’écume des choses, cette nomination (laquelle, aux termes de l’article 13 de la Constitution, ne prend effet qu’après « avis public de la commission permanente compétente de chaque assemblée », le président de la République ne pouvant alors y procéder que lorsque l’addition des votes négatifs dans chaque commission représente moins de trois cinquièmes des suffrages exprimés au sein des deux commissions) d’un fidèle historique de Chirac ne serait rien moins qu’un hommage rendu à ce dernier, au nom – qui plus est – d’une relative solidarité corrézienne. N’oublions pas, en effet, qu’en 2011 l’ancien chef d’État avait publiquement annoncé qu’il voterait pour Hollande, indisposant ainsi une partie de l’UMP.

Si l’on va plus loin dans l’analyse, on s’aperçoit, in fine, que Toubon est « hollando »-compatible, ainsi qu’en témoigne un parcours politique sans génie, caractérisé par un attachement indéfectible au chiraquisme, soit un subtil mélange de radicalisme et d’opportunisme de centre gauche. C’est d’ailleurs la marque indélébile que Chirac imprimera sur les flancs de l’ancien parti gaulliste. Chirac, ou « le grand lessivage de la droite », écrira Éric Zemmour, dans son Livre noir de la droite (Grasset, 1998).

Le passage de Toubon, Place Vendôme, de 1995 à 1997, dans le gouvernement d’Alain Juppé, ne laissera pas un souvenir impérissable, seule la communauté juive (en la personne de Patrick Gaubert, ancien conseiller de Pasqua avant qu’il n’accède à la présidence de la LICRA, en 1999) devant éternellement lui savoir gré de son combat acharné, à l’époque, contre le racisme et l’antisémitisme.

Bien qu’issu des rangs du RPR, dès sa fondation en 1978, Toubon ne sera jamais le fer de lance de l’opposition bonapartiste représentée, notamment, par le tonitruant Philippe Séguin (qu’il détestait) mais, au contraire, fera du suivisme une posture politique qui l’amènera à ne se fâcher fondamentalement avec personne (sauf peut-être avec Tiberi et très provisoirement avec Chirac, dans l’antichambre des municipales de 2001), sa fidélité servile à Chirac lui tenant lieu de doctrine, son manque d’ambition accentuant une personnalité diaphane d’énarque mou.

Hollande ne risque donc rien en avançant la candidature de l’ancien président de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, aujourd’hui âgé de 72 ans, européiste libéral comme lui. C’est dire combien la pseudo-différence entre la droite et la gauche est un théâtre d’ombres médiatiques servant à abuser les naïfs qui affectionnent encore de s’y laisser prendre. Et cela rassure finalement une gauche sociale-démocrate qui ne cooptera jamais que ses semblables.

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